Opéra Chinois

Opéra chinois : Mille ans de drame

La première fois que j'ai vu l’opéra de Pékin, je n'ai pas compris un mot. Le chant était aigu et nasal, rien à voir avec les voix lyriques occidentales auxquelles j’étais habitué. Les mouvements étaient stylisés au point d'en devenir abstraits — un général « montant à cheval » était en réalité un homme marchant en cercles tout en tenant un fouet d'équitation. Les visages peints ressemblaient à des masques mais n'en étaient pas.

J’étais perdu pendant environ vingt minutes. Puis quelque chose a cliqué. J’ai arrêté d’essayer de comprendre les mots et j’ai commencé à regarder le mouvement, la couleur, le rythme. Et soudain, tout a pris sens — pas intellectuellement mais viscéralement. La colère du général s’exprimait dans ses battements de manches. Le chagrin de la jeune fille dans sa danse des manches d'eau. L’humour du clown dans ses acrobaties.

L’opéra chinois ne vous dit pas ce que les personnages ressentent. Il vous le montre, grâce à un langage visuel et kinesthésique affiné depuis plus de mille ans. Cela rejoint l’architecture chinoise : cités interdites, pagodes et design de jardins.

Les origines

L’opéra chinois (戏曲, xì qǔ) n’est pas apparu tout formé. Il a évolué au fil des siècles à partir de multiples sources :

| Période | Développement | Terme chinois | |---------|---------------|---------------| | Dynastie Shang (~1600-1046 av. J.-C.) | Danses chamaniques et performances rituelles | 巫舞 (wū wǔ) | | Dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.) | Baixi — spectacles variés avec acrobaties, musique et comédie | 百戏 (bǎi xì) | | Dynastie Tang (618-907) | Jardin de poiriers (梨园, Lí Yuán) — école théâtrale de cour de l’empereur Xuanzong (唐玄宗) | 梨园 (lí yuán) | | Dynastie Song (960-1279) | Zaju — pièces scénarisées avec rôles définis | 杂剧 (zá jù) | | Dynastie Yuan (1271-1368) | Âge d’or du drame chinois ; Guan Hanqing et autres grands dramaturges | 元曲 (yuán qǔ) | | Dynastie Ming (1368-1644) | Apparition de l’opéra Kunqu — la « mère de l’opéra chinois » | 昆曲 (kūn qǔ) | | Dynastie Qing (1644-1912) | L’opéra de Pékin se cristallise à partir de multiples traditions régionales | 京剧 (jīng jù) |

Le Jardin de poiriers de la dynastie Tang est tellement central dans l’histoire théâtrale chinoise que les acteurs sont encore appelés aujourd’hui « disciples du Jardin de poiriers » (梨园弟子, lí yuán dì zǐ). L’empereur Xuanzong (唐玄宗) formait personnellement les artistes dans son jardin impérial, devenant ainsi le premier mécène royal du théâtre connu au monde.

Le système des rôles

L’opéra chinois organise les personnages en quatre types principaux de rôles (行当, háng dāng), chacun avec son propre style vocal, vocabulaire de mouvements et conventions de maquillage :

Sheng (生) — Rôles masculins

| Sous-type | Chinois | Pinyin | Description | |-----------|---------|--------|-------------| | Laosheng | 老生 | lǎo shēng | Homme âgé, digne, barbu | | Xiaosheng | 小生 | xiǎo shēng | Jeune homme, lettré ou romantique | | Wusheng | 武生 | wǔ shēng | Homme martial, combat acrobatique |

Dan (旦) — Rôles féminins

| Sous-type | Chinois | Pinyin | Description | |-----------|---------|--------|-------------| | Qingyi | 青衣 | qīng yī | Femme vertueuse, mouvements retenus | | Huadan | 花旦 | huā dàn | Jeune femme vive, rapide |

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À propos de l'auteur

Expert en Histoire \u2014 Historien spécialisé dans l'histoire dynastique chinoise.

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